Le Monde - https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/31/en-amazonie-bresilienne-la-deforestatio
Autor: Anne-Dominique Correa
31 de Jan de 2026
En Amazonie brésilienne, la déforestation dans les terres indigènes recule
En 2025, le déboisement dans les 475 terres indigènes, qui couvrent 23 % de l'Amazonie, n'a atteint que 44 kilomètres carrés, soit une baisse de 20 % par rapport à la surface déboisée en 2024.
Par Anne-Dominique Correa (Rio de Janeiro, correspondante)
Publié le 31 janvier 2026 à 12h30
Au Brésil, la survie des peuples indigènes se trouve constamment menacée par l'expansion des activités de l'agro-industrie et par l'exploitation illégale du bois et de l'or. Une étude de l'ONG environnementale Imazon, parue lundi 26 janvier, apporte une note d'espoir : en 2025, le déboisement dans les quelque 475 terres indigènes, qui couvrent 23 % de l'Amazonie, n'a atteint que 44 kilomètres carrés. Cela représente une baisse de 20 % par rapport à la surface déboisée en 2024 et de 88 % par rapport à celle de 2019.
Ces chiffres suggèrent que les efforts du gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva pour protéger les terres indigènes et la forêt portent leurs fruits. « Nous observons que ces dernières années, grâce à la reprise de la politique environnementale par Lula, le contrôle de la déforestation a été renforcé dans le pays », se réjouit Larissa Amorim, chercheuse à Imazon, qui a réalisé l'étude.
Dès son investiture, en janvier 2023, le président de gauche a créé le ministère des peuples indigènes, confié à la militante autochtone Sonia Guajajara, et a promis un objectif de « zéro déforestation » d'ici à 2030. Il a aussi réactivé la Fondation nationale des peuples indigènes (Funai), l'organisme chargé de protéger les droits des peuples autochtones, ainsi que l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama), la police environnementale, qui avaient toutes deux été fragilisées sous la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022).
Outil efficace
Le gouvernement a en outre mené une vaste opération pour expulser les orpailleurs illégaux de la terre yanomami et homologué 20 nouvelles terres indigènes. Quatre d'entre elles ont été annoncées le 18 novembre 2025, lors de la COP 30, qui s'est tenue à Belem, au cœur de l'Amazonie brésilienne, à la suite de la pression exercée par des dizaines de manifestants indigènes ayant forcé l'entrée de la « zone bleue », l'espace réservé aux négociations. Au total, le pays compte aujourd'hui 536 terres indigènes homologuées, qui couvrent environ 14 % du territoire national, selon les données de l'ONG Institut socioenvironnemental (ISA).
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Les chiffres d'Imazon confirment également que l'attribution de terres aux peuples autochtones, un droit garanti depuis 1988 par la Constitution brésilienne, constitue un outil efficace pour préserver la forêt. Selon l'étude, seul 2 % du déboisement enregistré en Amazonie en 2025 a eu lieu dans ces territoires. « Le mode de vie que nous menons nous incite à préserver la forêt », explique Toya Manchineri, coordinateur général de la Coordination des organisations indigènes de l'Amazonie brésilienne (Coiab), qui représente 180 peuples autochtones de la forêt tropicale. « Les peuples autochtones dépendent de leur territoire pour se nourrir, pour leurs activités culturelles et pour la médecine », ajoute-t-il.
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« La démarcation [la délimitation, par l'Etat, d'un territoire au sein duquel les peuples indigènes ont des droits de gestion] et la reconnaissance officielle des terres indigènes sont aussi fondamentales pour la régénération de la couverture végétale dans les zones fortement déboisées », ajoute Tiago Moreira, chercheur de l'ISA. Suite à la démarcation de leur terre en 1992, située dans une vallée de Minas Gerais, le peuple maxakali a notamment entrepris le reboisement de la forêt atlantique, un biome tropical, qui recouvrait autrefois la région avant que des pâturages bovins ne la détruisent. Plus de 156 hectares de forêt ont ainsi été replantés.
« Pression politique »
L'octroi de nouvelles terres se heurte toutefois à de nombreux obstacles. Le processus d'homologation, très bureaucratique, peut durer des décennies. Il doit d'abord faire l'objet d'une étude cartographique, anthropologique et historique par la Funai, avant d'être validé par le ministère de la justice, puis par le président de la République. D'après la Coiab, 25 peuples indigènes amazoniens attendent toujours l'homologation de leur terre par Lula.
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En outre, « la pression politique du Sénat fédéral et de la Chambre des députés empêche le gouvernement fédéral d'avancer rapidement sur cette politique de démarcation », déplore Dinamam Tuxa, coordinateur de l'Articulation des peuples indigènes du Brésil, la principale organisation indigène du pays. Sur les 594 sièges du Congrès, 349 sont occupés par le lobby de l'agro-industrie, qui s'oppose à l'octroi de nouvelles terres afin de poursuivre l'expansion effrénée de leurs cultures.
En 2023, le Congrès a même tenté de restreindre ces homologations en adoptant une loi dite du « repère temporel ». Ce texte préconisait que la reconnaissance des territoires indigènes se limite aux terres que les autochtones occupaient en 1988, lors de la promulgation de la Constitution, ignorant ainsi les déplacements forcés subis par de nombreuses communautés avant cette date. Après de vastes mobilisations de la société civile, cette loi très polémique a finalement été jugée inconstitutionnelle par le Tribunal suprême fédéral, la plus haute cour de justice du pays, le 18 décembre 2025, consolidant un droit historique pour les peuples indigènes.
Anne-Dominique Correa (Rio de Janeiro, correspondante)
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